Jean-Marc Bordus, 48
ans, licenci� � lASPTT Orl�ans et titulaire dun record de 6h5605
sur cent km vient dajouter une victoire � son palmar�s. Samedi dernier, lors des
100 km de Bain-de-Bretagne, il sest impos� en 7h3130, devant
Albert Vall�e, 7h4108 et Micka�l Jeanne, 7h4852.
Combien de participants a r�uni cette �preuve qui avait
lieu le m�me jour que les 100 km de Millau ?
Nous �tions 85. Cela sexplique par le fait, que les coureurs disposent
juste dun d�lai de 13 heures, pour couvrir la distance. A Millau, ils b�n�ficient
de 24 heures. Ce qui permet daccueillir des randonneurs. Cest s�r que ceux
qui se savaient limite au niveau du chrono, ils nallaient pas venir en Bretagne. Dautant
plus, que ce circuit tr�s vallonn�, sav�re �galement difficile.
Combien de 100 km as-tu couru cette ann�e ?
L�, il sagissait de mon 4i�me. Je m�tais fix� pour objectif de
gagner le Challenge Brooks, qui se jouaient sur les 4 �preuves suivantes : Fin avril, je
suis pass� par Belv�s, o� jai coinc� en 7h34. D�but juillet, sur le
circuit terrible des 100 km du Morvan, je termine second en 8h09. Le dernier
week-end dao�t, � Theillay et � loccasion des championnats de France, je
finis 6i�me en 7h33 et � la ramasse. Sur ces 3 premi�res courses, jai v�cu
lhorreur durant les 25 derniers km, contraint de me tra�ner � 10, 11 km/h. A lissue
du France, j�tais vraiment d��u. Jattendais mieux et je n�tais plus
en t�te du challenge. Pascal Giry, le nouveau champion de France �tait repass� devant
moi au classement. Donc, si je voulais d�crocher ce challenge, il fallait que je prenne
part � sa 4i�me manche, pr�vue � Bain-de-Bretagne et avec lobligation de finir
premier.
Quapporte une victoire � ce challenge ?
Un contrat �quipement pour la saison 2009.
Seulement 4 semaines s�paraient Theillay de
Bain-de-Bretagne, comment as-tu �t� en mesure de r�cup�rer ?
D�j�, cette fois je me suis dit quil ny avait pas de place pour une
pr�paration et quil fallait se concentrer uniquement sur la r�cup�ration. La
premi�re semaine, apr�s 3 jours de repos complets, jai repris avec des footings
tr�s courts. La seconde, toujours du footing, mais des sorties de 45 � 1 heures.
La troisi�me, je me suis soumis � des tests. Le mardi : 5X1000 en 320. Le
jeudi : 3X2000 � une allure de 325 au 1000. Le samedi : 30 � 85%, soit 340
au km. Ces trois s�ances mont indiqu�, que j�tais en mesure de participer.
Disons, quau moins, � d�faut de constater, si javais r�ellement
r�cup�r�, �a ma permis de sentir si je ne souffrais pas de s�quelles
musculaires, articulaires, ou tendineuses. La semaine avant l�preuve : De lentretien.
Comment as-tu v�cu cette 4i�me �preuve ?
Je ne me sentais pas serein, au vu de ce que javais connu jusqu�
pr�sent. Comme le parcours ne se pr�tait pas � r�aliser un chrono, je suis parti
prudemment sur une base de 430, 435 au km. Je pensais faire course
commune avec Albert Vall�e et Micka�l Jeanne, un gars � 2h29 au marathon et tr�s
bien pr�par�. En fait, ils sont partis d�s le 5i�me km. Jai laiss� faire. Tant
que l�cart ne d�passe pas 5, il ny a pas de quoi sinqui�ter. La
route est longue. Malheureusement au 30i�me km, ils poss�daient d�j� 5 davance.
Inquiet, pour r�agir jai acc�l�r� lallure et en fonction du profil du
parcours, j�voluais entre 410 et 420 au km,
histoire dessayer de limiter la casse. N�anmoins, � la mi-course Micka�l se
trouvait � 852 devant nous. Lucide, je me suis dit quil fallait
attendre lheure de v�rit� ; cest-�-dire le dernier tiers de la course. Soit
il �tait tr�s fort et je ne le reverrais plus, soit il allait payer la note. La seconde
hypoth�se sest av�r�e. Dans un premier temps jai ramass� Albert Vall�e au
55i�me km et ensuite, jai doubl� le leader au 80i�me km. Une fois devant, jai
g�r� pour assurer la victoire et cette fois-ci, je nai pas connu de probl�mes
durant les 25 derniers km. M�me si jai d� lutter contre les bosses. En fin de
compte, ce 4i�me cent km de lann�e, cest celui qui me laisse le meilleur
souvenir de la saison, car plus que les places, ou les chronos, ce qui me d�cevait le
plus, c�tait le fait de mal vivre les �preuves.
D�sormais rassur�, selon toi o� se trouvait lorigine
de cette capilotade r�currente ?
Suite � Theillay, jai �pluch� mes plans dentra�nement, mais au
fond je connaissais la r�ponse � mes interrogations. Cette ann�e, durant la
pr�paration de mes 100 bornes, tout nallait pas au mieux. Certaines s�ances
passaient difficilement et jai m�me d� en annuler plusieurs. En fait jusqu�
Theillay, jai persist� � occulter un �tat de fatigue sous-jacent et jen
payais le prix en fin de course. Alors, jai d�cid� den faire moins et daccorder
plus de place � la r�cup�ration, que dhabitude. Entre lan pass� et cette
ann�e, bien que les parcours dune course � lautre pr�sentent des profils
diff�rents, jai perdu en moyenne 30 sur mon record. Mais, alors quen
2007, javais termin� 3i�me des championnats de France et en moins de 7 heures, cest
seulement suite � Theillay 2008 et apr�s avoir accumul� les contre-perfs, que lon
ma propos� un poste de rempla�ant en �quipe de France, pour les mondiaux pr�vus
maintenant dans 6 semaines, en Italie.
Comment est-ce possible ?
Cest assez compliqu� � expliquer. Les France de Theillay, ayant eu lieu
fin ao�t, ils ne pouvaient pas servir de base � la composition de l�quipe de
France, qui courra les mondiaux en novembre, puisque les dates entre les deux �v�nements
sont trop proches. Par contre, les champions de France 2008 int�greront peut-�tre le
team en 2009. Toutefois, pour pallier � d�ventuelles d�faillances de titulaires
de la s�lection 2008, la f�d�ration a d�cid� de piocher parmi les seconds couteaux,
auteurs de perfs en 2007. Do� cette proposition de Thierry Guichard, r�f�rent sur
le 100 km, aupr�s de la FFA.
Si les s�lectionn�s ne pouvaient pas prendre part au
France, sous peine de se voir �cart�s des mondiaux, ne devrait-il pas en �tre de m�me
de la part d�ventuels rempla�ants ?
Exactement. Dans un premier temps, jai refus� cette proposition. Jai
dit aussi � Thierry quau cours de 2008, des coureurs avaient r�ussi de meilleurs
chronos et m�ritaient plus que moi, d�tre �ventuellement rep�ch�s. Mais il a
insist� sur le fait quil ne revenait pas aux athl�tes de d�terminer les crit�res
de s�lection. Donc, � partir du moment o� jai �t� honn�te en lui faisant part
de l�tat de ma forme, jai fini par accepter ce poste de rempla�ant en
sachant quil y avait 10% de chance, que jobtienne une titularisation. Et puis
�a me permettra de b�n�ficier dun stage avec l�quipe de France.
Toutefois, Thierry Guichard a-t-il accept� que tu
participes � un 4i�me cent km le week-end dernier ?
Non et �a ma co�t� ma place de rempla�ant. Par contre, je reste invit�
au stage. Je pense quil sagira dune exp�rience int�ressante, car jai
beaucoup � apprendre. Jai besoin de conseils en mati�re dentra�nement et de
r�cup�ration. Donc, �a maidera pour lavenir, m�me si jai conscience
davancer en �ge.
Et maintenant sur quelle �preuve va se conclure ta
saison, puisque les cent bornes cest termin� ?
Peut-�tre pas. Jaime bien les 100 km de Saint-Est�ve, qui ont lieu en
Novembre. Cest tr�s sympa cet aller-retour de 10 km, � parcourir 10 fois. Au
moins, on nest jamais seul. On narr�te pas de se croiser et tout le monde sencourage.
Mais au fond, quest-ce qui te motive � aligner
autant d�preuves ?
Cest la bonne question. D�j�, je consid�re le 100 km comme une aventure,
do� lon retire une �norme satisfaction, lorsque lon a bien g�r� son
affaire. Tant au niveau de la pr�paration, quau niveau de la comp�tition. Ensuite,
on vit de supers sensations durant leffort. Aussi, je dirais que le cent km, cest
un peu ma cour de r�cr�ation. Tel un enfant, jaime y jouer. Mais je ne consid�re
pas cela comme une fuite. Bien au contraire, entre mon m�tier de conseiller d�ducation
et ma vie familiale, �a participe � un tout, qui contribue � mapporter un certain
�quilibre.
Christophe Rochotte
|