Entretien / Jean-Marc BORDUS

Propos recueillis par Emmanuel LAMARLE 

 

 

< Le 24 heures est un format à la portée de tous >

Je me suis dit qu'en optimisant

un peu, c'était possible pour moi d'aller plus loin. 

A TOUT JUSTE LA CINQUANTAINE, JEAN-MARC BORDUS COURT DES ULTRAS EN AMATEUR TRES AVERTI : FRIAND DE 100 KM, IL EN A FAIT SA SPECIALITE, JUSQU'A DESCENDRE SOUS LES 7 HEURES ET REMPORTER DE NOMBREUSES VICTOIRES. MAIS SI NOUS AVONS INTERVIEWE JEAN-MARC CE MOI CI, C'EST SURTOUT POUR LES 260,147 KM REALISES AUX 24 HEURES DE SAINT MAIXENT L'ECOLE, LES 18 ET 19 SEPTEMBRE 2010. NOUS AVONS VOULU LUI SOUTIRER LES SECRETS DE LA REUSSITE : ATTENTION, GARDEZ L'OEIL OUVERT ! 

 

Ultrafondus :  Jean-Marc, tout juste un mois après avoir réalisé 260.147 km aux 24 heures de saint Maixent, comment te portes-tu ?

Jean-Marc BORDUS : Dans les jours qui ont suivi l'épreuve, mon corps m'a rappelé que j'étais allé chercher cette marque très loin. Mais depuis, ça va, j'ai bien récupéré. Ca ne m'a pas empêché de courir 250 km cette semaine.

Pardon ? Trois semaines après Saint Maixent, tu t'envoies une semaine à 250 km ? 

Oui, c'est le plan que je suis depuis ma préparation pour les 24 heures de Séné de cette année : trois semaines normales, puis une semaine chargée, à 250 km. Cette semaine, c'était ma première semaine de charge depuis Saint Maixent, je ne l'ai pas sautée, ça s'est bien passé.

Et que contient une telle semaine ? 

Pas d'allure très variées, surtout de l'endurance. Je me lève le matin vers 4h 30 et pars courir une heure avant d'aller bosser, puis je cours une heure, une heure et demie le soir. Je fais en plus trois sorties type 24 heures, c'est à dire avec une minute de marche toutes les trente minutes. Ce sont des sorties de 40 km environ.

Et tu as toujours couru autant ? 

Non, avant, je m'entraînais davantage sur des allures ciblées : de l'endurance, des séances VMA ou  seuil, une séance allure marathon, des séances longues avec des côtes.....Depuis trois ans, j'ai axé davantage mon entraînement sur le volume, et donc au détriment de séances rapides. Plus ont court, moins on va vite !

As tu ressenti un impact sur ta faculté à te blesser à la suite de cette modification d'entraînement ? 

Non, je ne me blesse ni plus ni moins qu'avant. 

< MÊME POUR UN HABITUE DES COURSES EN LIGNE COMME  JEAN-MARC BORDUS, TOURNER 24 HEURES SUR PETIT CIRCUIT N'EST PAS SI MONOTONE QUE CA > 

Revenons aux 24 heures de Saint Maixent : pourquoi venir tâter du 24 heures après tant d'année sur cent bornes ? 

J'ai couru mon premier 24 heurs à cause d'Ultrafondus ! C'était fin mai, à Séné, cette année. J'apprécie depuis trois ans le Challenge Brooks/Ultrafondus, qui mixe des courses variées. Alors voilà, j'ai franchi le pas à Séné. Je m'était donné comme objectif de courir 240 km, j'ai réalisé 242,800. J'étais content. Mais au vu de mon résultat, je me suis dit qu'en optimisant un peu, c'était possible pour moi d'aller plus loin. J'ai décidé d'en courir un autre dans l'année, et voilà pourquoi je me suis rendu à Saint Maixent.

Et donc après ces 242 km, quel était ton objectif cette fois ? Et quels moyens comptais-tu mettre en œuvre pour l'atteindre ? 

je visais les 250 km. Et pour ça, je comptais sur ma stratégie de course : à Séné, je n'avais pas vraiment comptabilisé le temps qui s'écoulait, je me ravitaillais assez librement. A Saint Maixent, j'avais prévu de minuter mes ravitaillements : 30 mm de course, puis une minute de marche pendant laquelle je me ravitaillerais. Ca a bien marché pendant 8 heures, puis je suis passé à 2 minutes de marche jusqu'à la vingtième heure, puis après ça s'est un peu dégradé.

Tu n'étais pas stressé par ce temps qui s'écoulait, par cet œil que tu devais garder sur le chronomètres ?

J'était inquiet à ce sujet, c'est vrai. Mais comme ça passait plutôt bien à l'entraînement sur mes sortie longues, je mes suis dit que ça irait. Une fois en course, je suis bien resté concentré sur l'épreuve, et ça s'est finalement très bien passé. 

J'imagine que tu avais de l'assistance pour t'aider à géré ta progression, tes ravitaillement ? 

Non, j'étais venu seul sur le circuit. Mais à partir de la vingtième heure,  Patrick DE GEYTER m'a aidé. Je vivais des moments difficiles, totalement focalisé sur mon rythme, obsédé par l'idée d'avancer. Patrick m'a fait prendre conscience que mon objectif, les 250 km, était déjà atteint, et que si je ne prenais pas soin de lever un peu le pied, je fonçais dans le mur. Il m'a incité à marcher tous les deux tours, et j'ai effectivement repris du poil de la bête pour pouvoir terminer.

Mais avant ça, tout s'est plutôt bien passé. Parle nous de ton début de course... 

Je suis parti à 13 km/h, puis je suis passé à 12 la deuxième heure. J'ai connu une baisse de régime à la douzième heures, à 9 km/h, puis l'heure suivante, me sentant bien, je suis remonté à 12....Je n'aurais pas dû, j'ai sans doute trop puisé à ce moment là, mais sous le coup de l'euphorie...

N'étais ce pas trop dure de courir seul à cette allure, d'être isolé en tête de course ? 

J'ai couru un moment en début de course avec Stéphane MATHIEU qui avait aussi les 250 km en ligne de mire, mais il est arrivé sur la course fatigué, il n'a pas tenu (quatrième place et 209,479 km pour Stéphane), Mais de toute façon on n'est jamais seul sur 24 heures ! Il y a toujours du monde, c'est très sympa. Je n'ai pas couru seul; j'ai couru avec tous.

 

< POUR DEPASSER 250 KM JEAN-MARC A DÛ POUSSER SON CORPS ET SON ESPRIT TRES LOIN. POUR UN BEAU RESULTAT : MEILLEURE PERFORMANCE FRANCAISE DE L'ANNEE. >  

 

Le parcours et les conditions ne t'ont pas posé de problème ? 

Au premier abord, je m'étais dit que le parcours n'était pas évident, ce que l'organisateur m'avait confirmé : il m'avait dit qu'il ne se prêtait pas à réaliser plus de 245 km. Mais finalement j'ai pu observer que les relances ne sont pas un obstacle à la performance. Quant aux conditions, je serais gonflé de dire qu'elles étaient mauvaises alors que j'ai fait plus de 260 km....Il a fait bon la journée, 20°C environ, et frais la nuit, 5°C, mais rien à voir avec ce que vivront les courageux qui seront à Aulnat en novembre...

Toi qui est plutôt centbornard, habitué à des parcours en ligne, ne trouves-tu pas monotone le fait de tourner en rond sur un circuit d'un peu plus d'un kilomètre ?

Eh bien justement : ça fait très longtemps que je pense à me lancer sur 24 heures, mais j'ai toujours cru que j'étais pas assez fort moralement pour tourner une journée entière sur un circuit. Avec le Challenge Ultrafondus, je n'avais plus le choix : il fallait que je le tente ! Et finalement, à Séné comme à Saint Maixent, je n'ai pas ressenti de monotonie, pas de lassitude. On repasse 140 fois au même endroit du circuit, et il y a 140 fois un petit quelque chose qui change.

Sur une épreuve si longue, tu ne ressens par de torpeur due à la fatigue ?

Non, je n'ai pas eu de souci de sommeil. Il suffit d'arriver bien reposé, de s'être un peu entraîné à courir de nuit, et ça passe tout seul.

Bon, maintenant, venons-en au fait : ces 260 km et 147 mètres, c'est une surprise oui ou non ?

Oui et non. Oui parce que je visais 250 km, que je trouvais ça déjà pas mal, et que je n'espérais pas être très au dessus. Non parce que je suis parti légérement au dessus de mon tableau de marche, et que j'ai moins baissé de rythme que ce que j'avais prévu.

Tu te rends compte que c'est la meilleure performance française sur 24 heures de l'année, et l'une des meilleurs de tous les temps ?

Ca oui, et ça me fait tout drôles d'avoir fait mieux que Fabien HOBLEA cette année (Fabien n'a réalisé <que> 256 km cette année, mais son record est de 267,074 km). Ca me parait incroyable. J'espère qu'il ne m'en veut pas, je n'ai pas de qualificatif pour exprimer ce que je ressens. Fabien, c'est une référence pour moi, comme Anne-Cécile FONTAINE chez les femmes.

La suite logique de ces deux superbes marques cette année, c'est sans doute un coup de fil de l'encadrement de l'Equipe de France. Tu y penses ?

Oui bien sûr, et j'avoue que je suis intéressé. Je me sens apte physiquement à renouveler ce niveau de performence, y compris avec le maillot de l'Equipe de France sur les épaules.

A renouveler les 260 d'accord, et peut être à aller plus loin ?

Marc, mon fils de 14 ans, m'a dit avant Saint Maixent : < Fais attention Papa, tu as fait 242 km, mais il faut être prudent, on ne sait pas si ta course de rêve est à venir ou si elle est passée. > C'est quand quand même un monde de recevoir des leçons de morale de son fils de 14 ans non ? Mais il a bien raison, qui me dit que je n'ai pas réalisé ma course de rêve à Saint Maixent ? En tous cas, je me sens capable de réitérer les 260 km. Plus, peut être, il reste des chose à optimiser.....

Quelque soit ton niveau,

tu peux gérer comme tu l'entends. 

Toi qui viens plutôt du 100 km, quels conseils donnerais tu à un coureur de milieu de peloton qui aimerait se lancer sur 24 heures ?

Ca dépend de beaucoup de paramètres :  le niveau du coureur, son passé sportif et en ultra, le temps qu'il est prêt à consacrer....La passerelle n'est pas plus importante que de passer du marathon au 100 km. Il faut juste rester prudent et humble. On a vite fait de se dire que comme on va moins vite sur 24 heures que sur cent bornes, c'est plus faciles. Certes, ça va moins vite, mais il faut tenir la durée...

Finalement, tu apprécies ce format de course; es-tu surpris de l'engouement que l'on observe depuis quelques années pour le 24 heures (28 épreuves en 2010 en France ! ) ?

Pas vraiment, non. Déjà les performances de l'Equipe de France y sont pour beaucoup : quand l'élite obtient des résultats, les pratiquants lambdas sont attirés par la discipline. Et puis le 24 heures est vraiment un format à la portée de tous : on peut gérer sa course absolument comme on veut. A Saint Maixent, j'ai vu des coureurs qui ont débuté avec tout le monde, puis le soir ils ont dîné, ont recouru quelques tours, se sont couchés et sont revenus tourner au petit matin. Quelque soit ton niveau, tu peux gérer comme tu l'entends. Enfin, sur 100 km, tu peux te retrouver complètement seul : personne devant, personne derrière. C'est dur moralement. Sur 24 heurs, tu ne restes pratiquement jamais seul.

Un message particulier à faire passer ?

Je voudrais lancer de grands merci, à Ultrafondus entre autres, qui a permis à la discipline de faire un pas en avant et qui montre chaque mois qu'il faut oser franchir les barrières artificielles érigées au fil du temps; et puis aux organisateurs et aux coureurs, qui sont pour beaucoup dans les performances réalisées.